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Fairmont le Château Montebello : Un Joyau Patrimonial Québécois et le Plus Grand Bâtiment en Bois Rond au Monde — Partie I

Posted by HPOC Staff on


Publication originale en anglais le 3 décembre 2018 par Lori Ann Sanche et David Senger

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Traduction française par Gabrielle Garneau et publication le 12 mars 2020 par HPOC

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Les premières impressions

Après avoir traversé la rivière des Outaouais, puis pris l’autoroute 50 en direction est, nous laissons derrière nous les banlieues de Gatineau pour entrer dans les Laurentides. Nous traversons un paysage ensoleillé et gelé. Le thermomètre de la voiture indique -23 degrés Celsius, mais c’est plutôt -35 avec le refroidissement éolien. L’auto déborde de valises, de patins, de raquettes et de bâtons, car nous nous sommes préparés avec optimisme pour pratiquer les nombreuses activités sportives hivernales offertes à destination.

Loin devant, nous apercevons le plus grand bâtiment en bois rond au monde, posé sur les rives de la rivière des Outaouais, au pied des montagnes. Un panneau nous annonce que nous arrivons bientôt. Nous avons bien hâte, mais nous ignorons à quoi nous attendre. C’est notre premier séjour ici, mais les avis de visiteurs semblent prometteurs, et nous pouvons nous attendre à la qualité exceptionnelle qui fait la marque de Fairmont.

Nous quittons l’autoroute et empruntons une route sinueuse bordée de conifères enneigés jusqu’à Montebello. Nous accédons bientôt au domaine du Château en passant par une porte en bois rond, premier signe annonciateur de la quantité de constructions en rondins qui nous attendent pendant notre séjour. Nous nous arrêtons pour admirer un traîneau à chiens : des huskies aboient en tirant des gens emmitouflés à travers les bois.

Nous arrivons devant l’immense château en rondins, une structure brun foncé se découpant contre le ciel en cette fin d’après-midi hivernal. En sortant de la voiture, nous découvrons ce qui est décrit comme une « porte cochère spacieuse » [i] dans la brochure originale de 1930, décorée de guirlandes de lumières, et une équipe de valets se met immédiatement à notre service. Ils posent vite nos valises et notre équipement dans un chariot et se dirigent vers le hall. Nous les suivons et entrons dans une réception très occupée.

Si « l’architecture, c’est une musique figée », alors le salon du Château Montebello est un magnifique crescendo

Dans le salon, une architecture très intéressante apparaît sous nos yeux. Nous sommes impressionnés à la vue originale d’une immense cheminée en pierre de six côtés, seule au centre de la pièce avec ses six foyers à bois allumés. La cheminée s’élève sur trois étages jusqu’à un plafond composé de murs en bois exposé et de poutres en rondins qui s’entrecroisent. C’est un spectacle à la fois grandiose et chaleureux.

Deux étages de galerie couronnent la cheminée en un motif hexagonal avec des couloirs menant dans chacune des six ailes du château. Selon Building the Chateau Montebello (« Construire le Château Montebello »), un ouvrage dont les auteurs Allan et Doris Muir sont originaires de la région et dont il sera question tout au long de cet article, le salon est « un immense espace sans aucune dimension mesurant moins de cent pieds de large […] La galerie inférieure, appelée la mezzanine, est assez large et, étant aménagée avec des canapés et des fauteuils confortables offrant une vue sur tout le salon, elle est populaire comme lieu de séjour. Deux immenses fenêtres aux extrémités est et ouest laissent passer suffisamment de lumière du jour et pas plus, et l’absence d’éblouissement et les teintes douces des murs en rondins de cèdre donnent à cette pièce un air de repos, plutôt inattendu compte tenu de sa taille ». [ii]

Si, comme l’a dit Goethe, « l’architecture, c’est de la musique figée », alors le salon en rotonde est un magnifique crescendo. Nous songeons tous deux à nous asseoir au coin du feu, à boire quelque chose de chaud et à étudier toutes les activités que nous pourrions faire à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur. Peut-être n’utiliserons-nous pas nos patins cette fois-ci après tout.

Nous décidons plutôt d’aller nous installer dans notre chambre et montons le large escalier recouvert de tapis, où nous croisons des personnes de tous âges vêtues d’habits d’hiver variés, d’autres en tenue de soirée, quelques-unes en robes de chambre, en route vers la plus grande piscine intérieure d’hôtel au Canada [iii], ainsi qu’un nombre étonnant de chiens. Nous repérons le long couloir conduisant à notre chambre, bordé de magnifiques tableaux historiques, et continuons jusqu’au bout, où une plaque commémore le séjour de l’ancien président français François Mitterand en 1981.

Nous avons une chambre Seigneurie, dans un angle au deuxième étage avec vue sur la rivière des Outaouais recouverte de glace. Nous arrivons à l’heure du coucher du soleil, qui illumine des quais enneigés et des skieurs. Le décor de la chambre évoque les années 1930 dans un style typiquement canadien, rustique et luxueux. Des tableaux représentant des scènes de patin, de ski et de toboggan sont accrochés aux murs en rondins massifs peints brun foncé.

Les bruits du couloir disparaissent complètement en fermant la lourde porte en bois, et la chambre se trouve plongée dans le silence grâce à la capacité d’insonorisation des constructions en bois massif. Les Muir citent à ce propos l’architecte de l’hôtel, Harold Lawson : « les cloisons sont insonorisées et pratiquement doubles sur des poteaux décalés et sur quatre épaisseurs de panneaux muraux » [iv] (p. 81). La chambre est chaleureuse, confortable et charmante avec des fauteuils et des lampes d’aspect ancien, ainsi qu’une literie et des rideaux en tissus à carreaux. La chaise de bureau semble faite à la main en pièces de bois étroites et grossières. Les grandes fenêtres encerclées de fer forgé pourraient être les fenêtres originales et s’ouvrent complètement, une rareté dans les hôtels modernes. Cependant, nous ne les ouvrirons certainement pas aujourd’hui!

Les Anishinabes

Cette propriété possède une longue histoire. Bâtie en Outaouais, au bord de la rivière des Outaouais et sur les pentes des Laurentides, elle est presque à mi-chemin entre Ottawa et Montréal. Elle se trouve sur les territoires traditionnels des Anishinabes, qui habitent l’est du Canada depuis des temps immémoriaux [v]. La plupart de nos lecteurs doivent connaître le nom d’« Algonquin » qui a été donné aux Anishinabes [ou Anishinabegs] à l’époque de Samuel de Champlain. Selon le site Web du Conseil tribal de la Nation algonquine Anishinabeg : « Bien que les Algonquins aient repris ces dernières années le nom auxquels ils s’identifient depuis la nuit des temps, Anishinabeg, les Eurocanadiens ont imposé durant plus de 400 ans le terme Algonquin en parlant d’eux. » [vi] D’après ce site, l’utilisation d’Algonquin n’est pas considérée comme irrespectueuse. Cependant, nous avons choisi dans cet article de respecter leur volonté et d’utiliser leur nom d’origine : Anishinabe.

Fait intéressant, « Kichi Sibi » est le nom de la rivière des Outaouais en langue anishinabe et signifie « la grande rivière », la voie traditionnelle empruntée par cette Première Nation depuis bien avant l’arrivée des Européens. La rivière des Outaouais doit son nom actuel à un peuple de la Baie Georgienne qui n’a jamais habité cette région, les Odawas, qui a servi d’intermédiaire aux marchands de fourrures français de 1655 à 1680. Samuel de Champlain a choisi le mot anishinabe « Kebek » pour nommer sa colonie, qui devient la ville de Québec en 1608. Selon ses alliés anishinabes, ce mot signifie « là où le fleuve se rétrécit », mais il pourrait également désigner un lieu pour accueillir les étrangers ou un lieu de débarquement. [vii]

Comme cette région de villégiature est étroitement associée aux activités de plein air comme la raquette, le toboggan et le canotage, il faut mentionner que ces activités trouvent leurs origines chez les Anishinabes. Selon le site Web du Conseil tribal, le nom anishinabe des raquettes est « àgimag » et « chaque nation avait sa propre façon de fabriquer des raquettes selon le terrain qu’elle fréquentait. La raquette relevée sur le devant et de forme plus allongée est associée au peuple algonquin. » [viii]

En outre, « Kenauk », le nom des terres des alentours, vient du mot anishinabe « mukekenauk », qui signifie tortue. Selon le site Web de l’organisme homonyme : « Kenauk Nature est représenté par le symbole de la tortue, par ses propriétés amphibies rappelant la terre et l’eau, et réunit les éléments de la nature qui sont au cœur de nos activités. La tortue est aussi un symbole important dans plusieurs cultures, notamment pour les autochtones qui l’associent à la création, la terre, la longévité, la guérison, la persévérance, la tranquillité et la stabilité. Elle est invariablement perçue comme un animal familier. » [ix]

Une concession de terre en Nouvelle-France

En 1674, le roi de France a cédé 65 000 acres à Monseigneur François de Laval, évêque de Nouvelle-France et un des fondateurs de la province de Québec; des terres sauvages qui deviendraient le Château Montebello et les terres de Kenauk. [x] Ces terres intègrent dès lors le système seigneurial de la Nouvelle-France, une structure sociopolitique féodale où les propriétaires fonciers veillent à développer les terres et à promouvoir la colonisation. En 1801, la propriété est transférée à Joseph Papineau, notaire et homme politique membre de l’importante famille Papineau du Québec. Son fils aîné, le célèbre homme politique québécois Louis-Joseph Papineau, reprend la seigneurie en 1817. [xi] Ce Papineau est l’un des chefs des Patriotes lors de la rébellion de 1837 au Bas-Canada alors qu’il se soulève contre le joug colonial britannique et réclame des droits démocratiques et une autonomie politique accrues. Si Papineau est à l’avant-garde d’un changement démocratique, il s’oppose notamment à la fin du système seigneurial et passe les dernières années de sa vie à la seigneurie jusqu’à sa mort en 1855. [xii] Sa grande demeure, le manoir Papineau, située sur le terrain du Château, est un lieu historique national et ouvert aux visites touristiques de fin mai à début octobre.

En 1929, la famille Papineau vend le manoir et le terrain à une société d’investissement, la Lucerne-In-Quebec Community Association ltd., qui devient le Club de la Seigneurie en 1933. [xiii]

1929 : le rêve d’un entrepreneur américain d’origine suisse, l’apport de personnalités canadiennes et d’un cabinet d’architecture montréalais

Les origines du Château Montebello remontent à l’esprit d’entrepreneur d’Harold M. Saddlemire, un homme d’affaires américain d’origine suisse. En 1929, Saddlemire envisage la création d’un club de villégiature privé qu’il appellerait « Lucerne-au-Québec », sans doute en référence à la ville suisse homonyme.

Selon l’ouvrage Building the Chateau Montebello (« Construire le Château Montebello ») : « La création du Château Montebello a été une formidable nouvelle […] le romantisme et l’histoire associés au site, son immense superficie, ses installations pour la pratique de tous les sports d’été et d’hiver, le caractère unique de ses constructions en rondins, ses kilomètres de route, l’approvisionnement en eau et les autres commodités de la vie moderne dans un cadre de nature sauvage, en font presque la septième merveille du monde, et certainement du monde canadien. Soudain, les Canadiens se sont aperçus que le plus grand complexe touristique du continent nord-américain devait être construit sur la rive nord de la rivière des Outaouais et dans une zone boisée derrière Montebello. Ils ont été encore plus surpris d’apprendre que la construction en question se ferait à une échelle et à une vitesse pratiquement inimaginables. » [xiv]

Ce n’était pas la première tentative de Saddlemire pour matérialiser sa vision idyllique de la Suisse en Amérique du Nord. Quatre ans plus tôt, en 1925, il avait dirigé l’initiative intitulée « Lucerne-in-Maine ». Ce projet reposait sur un hôtel existant au lac Phillips, à Dedham dans le Maine, et cherchait à mettre en œuvre un plan semblable à celui du Château Montebello, soit une offre de villégiature complète comprenant des installations pour le sport, des activités et un lieu d’hébergement. Saddlemire a formé une « association communautaire », qui a acheté un domaine de 500 acres où se trouvait un hôtel historique de style néocolonial, bâti vers 1815 et toujours en activité. [xv] Son plan était de créer un village où les gens pourraient construire des logements de vacances en rondins.

Selon un formulaire de mise en candidature pour son inscription à l’U.S. National Register of Historic Places (« registre national américain des lieux patrimoniaux ») : « on a construit un bâtiment en rondins pour y accueillir les membres du club, créé des parcours de golf, des sentiers équestres et des routes ainsi qu’aménagé des lots de maisons […] Les bâtisseurs étaient libres de choisir les architectes et les entrepreneurs, mais les façades des chalets devaient être finies avec des rondins sciés en deux afin de leur donner un aspect brut et rustique. »

Le projet a continué d’avancer avec le soutien de membres de la communauté, ainsi que d’hommes d’affaires et de fonctionnaires influents pour finalement ouvrir ses portes le 17 octobre 1925. En 1930, l’Ottawa Journal le signalait comme « l’un des plus grands centres de villégiature américains ». [xvi] Cependant, la Grande Dépression et « une mauvaise gestion des fonds » sont citées dans le formulaire de mise en candidature comme motifs de l’interruption éventuelle du développement de la communauté prévue. Les aménagements sont en majorité retournés à leur état boisé original, à l’exception de l’hôtel et d’un parcours de golf. Dans le formulaire, on précise l’influence durable de cette époque des rusticators (ou « vacanciers »), puisque « l’esprit de Lucerne-in-Maine (quoique différent de la conception des administrateurs) demeure avec au Lucerne Inn […] La maison en rondins n’existe plus […] Malgré l’aménagement de quelques routes sur le terrain du centre de villégiature, relativement peu de maisons ont été construites et elles étaient très dispersées. » [xvii]

Le développement de Lucerne-au-Québec serait beaucoup plus réussi que le projet antérieur de Saddlemire et le projet était conçu au départ comme un centre de villégiature pour les membres de ce qui deviendrait le Club de la Seigneurie.

En 1929, à l’aube de la Grande Dépression, Saddlemire avait noué des liens importants avec Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre du Québec, les présidents de banques Frédéric L. Beique de la Banque Canadienne Nationale, Charles Gordon de la Banque de Montréal, Herbert Holt de la Banque Royale du Canada, ainsi que Sir Edward Beatty, président de la compagnie et du conseil d’administration du Canadien Pacifique (CP), qui ont tous siégé au premier conseil d’administration de la Lucerne-in-Quebec Community Association Limited. [xviii] Selon un article publié par L’actualité, Harold avait une excellente capacité à convaincre les personnalités influentes de collaborer avec lui pour réaliser le grand projet de Montebello. [xix]

Les plans du centre de villégiature cadraient bien avec les efforts du CP pour construire des hôtels et promouvoir les voyages sur ses lignes de chemin de fer. La compagnie avait été créée en 1881 dans le but initial de bâtir un chemin de fer transcontinental, et la construction de ses hôtels a commencé à la fin du XIXe siècle. En 1930, la compagnie disposait d’une liste impressionnante d’hôtels d’un océan à l’autre, y compris les récemment inaugurés Lord Nelson à Halifax (1927), Hotel Saskatchewan à Regina (1927) et Royal York à Toronto (1929). [xx] La direction de la compagnie était assurée par le président du conseil d’administration Beatty « pendant une des périodes les plus difficiles du CP, qui va de la dépression après la Première Guerre mondiale, en passant par la plus forte croissance de l’économie mondiale et la pire dépression, puis les dures années de reprise économique. » [xxi]

Il semble qu’à l’origine le Château n’était pas la propriété exclusive du CP, compte tenu de la participation de Saddlemire et des grandes banques. La compagnie aurait plutôt participé comme investisseur ou membre de la Lucerne-in-Quebec Community Association. La brochure originale de 1930 (voir l’image ci-dessous) indique qu’elle est publiée à la fois par l’Association et le CP, mais que ses droits d’auteurs appartiennent uniquement à l’Association. Pourtant, la participation du CP était conséquente, sans doute pour la question financière, mais également pour les questions pratiques du transport par rail de rondins provenant de Colombie-Britannique, de matériaux de construction, de travailleurs et plus encore vers le chantier. En outre, une ligne secondaire de 1,9 kilomètre a été construite jusqu’au chantier qui, autrement, ne pouvait être relié que par de mauvaises routes. [xxii]

Au début de 1930, des accords avaient été conclus avec l’architecte montréalais Harold Lawson de la firme Lawson & Little afin de créer les plans ambitieux du futur Château Montebello.

« L’importante publicité entourant le projet a bien entendu attiré les foules », raconte Harold Lawson. [xxiii] Selon un article, « parmi les nombreux mandats réalisés par M. Lawson figurent : des immeubles pour la compagnie de téléphone Bell au Canada, de nombreuses succursales de banques au Canada et le Club de la Seigneurie à Lucerne-au-Québec. » [xxiv] Le Biographical Dictionary of Architects in Canada: 1800–1950 nous apprend que « les travaux les plus connus de cette société au Canada représentaient un changement surprenant par rapport aux formes urbaines conventionnelles ». Ce dictionnaire indique que Lawson & Little a également conçu douze résidences au total à Montebello après la réalisation de Lucerne-au-Québec. [xxv]

La construction du Château : quatre mois d’efforts monumentaux pour son inauguration à la fête du Canada

L’un des aspects les plus remarquables de l’histoire du château est sa construction. Le krach boursier en ce mardi noir d’octobre 1929, événement déclencheur de la Grande Dépression, une époque caractérisée par de nombreux projets ambitieux, s’est produit quelques mois seulement avant le lancement du projet de Lucerne-au-Québec. Malgré la crise, le projet s’est déroulé comme prévu. On a transporté 3 500 travailleurs qui étaient logés dans une zone presque sauvage au pied des Laurentides, et des dizaines de milliers de billes de cèdre rouge de l’Ouest ont été acheminées de la Colombie-Britannique vers le chantier sur une nouvelle voie ferrée construite expressément pour le projet. On a transformé une tourbière en un aménagement paysager complexe et construit un magnifique complexe en rondins avec des outils à main traditionnels, qui ont joué un rôle prépondérant dans la construction par rapport aux machines. Le tout s’est réalisé en à peine quatre mois, juste à temps pour une inauguration officielle le 1er juillet 1930.

Comme l’affirment les Muir dans leur ouvrage, les bâtiments « devaient tous être construits en rondins, une grande innovation en soi, mais leur taille énorme était franchement déconcertante. En plus, ils ont été construits d’un seul coup à une vitesse miraculeuse qui était inédite dans la construction de bâtiments. » [xxvi] Même si la construction en rondins est une technique de construction canadienne traditionnelle depuis le XVIIIe siècle [xxvii] qui avait été utilisée pour bon nombre de ponts massifs du CP, entre autres, ce projet introduisait néanmoins certaines techniques nouvelles au Canada. La plupart des ouvriers les plus qualifiés venaient de Scandinavie et de Russie, où les techniques de traitement du bois ont été perfectionnées au fil des siècles. Selon Building the Chateau Montebello, « seuls des outils manuels ont été utilisés, car artisans qualifiés formaient les travailleurs sur le chantier à tailler et à ajuster chaque rondin à celui en dessous. » [xxviii]

L’un des plus importants de ces artisans, Victor Nymark, était un immigrant finlandais arrivé au Canada depuis à peine six ans. Il ne parlait pas l’anglais ni le français. Cependant, Nymark était déjà maître charpentier et avait construit son premier bâtiment à 17 ans. Au Canada, il s’est rendu compte que les seuls clients qui pouvaient se payer ses services étaient les personnes les plus fortunées, alors il leur a offert ses services et a trouvé du travail. C’est exactement ainsi qu’il s’est retrouvé sur le chantier du Château, où il est devenu le maître charpentier et a dirigé le travail de centaines de travailleurs. Des années plus tard, il a apporté une contribution précieuse au livre des Muir, et ses anecdotes sur la construction sont très agréables à lire.

Les conditions de travail du chantier étaient dangereuses; les ouvriers travaillaient dans la boue et dans le froid, jour et nuit, et les équipes de nuit travaillaient sous un éclairage intense. Malgré cela, il n’y a pas eu d’accident majeur, et beaucoup de ceux qui ont participé au projet s’en souvenaient comme de l’une des expériences les plus fascinantes de leur vie. [xxix] Nous l’avons dit, beaucoup de travailleurs étaient européens, mais la population locale intégrait également cette main-d’œuvre, de même que de nombreux travailleurs venus de partout au pays. Jusqu’à 3 500 travailleurs ont participé à la construction à son apogée, mais beaucoup ont trouvé du travail après le 1er juillet, car il restait encore de nombreux bâtiments à construire, sans compter les différentes résidences prévues dans le cadre de la communauté de villégiature. [xxx]

La conception technique représentait également une tâche monumentale faisant appel aux technologies de pointe de l’époque. La construction comprenait un aéroport, un terrain de golf, des cabanes et des quais, de même que la restauration du manoir Papineau, utilisé comme pavillon du club et salle de bal. [xxxi]

Selon un article paru dans l’Ottawa Journal du 28 juin 1930 annonçant l’ouverture imminente d’un « Vaste centre de villégiature quatre saisons », « les annonces sur l’établissement d’un centre de villégiature unique quatre saisons à Montebello, au Québec, publiées partout au Canada et aux États-Unis, ont suscité un vif intérêt pour la célèbre Seigneurie de la Petite-Nation, lieu historique transformé en un vaste et luxueux centre de loisirs connu sous le nom de Lucerne-au-Québec. » [xxxii]

L’heure du souper approche, mais retournons d’abord au salon pour savourer un café sucré à l’érable

Après avoir profité de notre chambre, l’heure du souper approche, mais nous retournons d’abord au salon pour nous détendre devant la cheminée. Nous devrions pouvoir trouver un endroit pour nous parmi les multiples configurations de places assises devant l’un des six côtés du foyer. Mais non, le salon est plein, et évidemment, tout le monde se réfugie du temps glacial, faisant bon usage du bar et des jeux de société. Nous prenons place sur les seuls tabourets restants, à côté de ce qui ressemble à une table noire brillante. Nous nous apercevons finalement qu’il s’agit des contours d’un piano à queue, dont les touches s’animent vite sous les doigts habiles d’un musicien souriant reprenant des airs classiques. Nous savourons des cafés chauds sucrés à l’érable et admirons la belle scène tout autour : cette merveille de l’architecture en rondins qu’est Le Château Montebello.

Remarque : Ceci est le premier d’une série d’articles que nous écrirons sur cette importante propriété patrimoniale. Nous continuerons d’explorer le Château, y compris ses caractéristiques et influences architecturales, les choix de design intérieur et son histoire jusqu’à aujourd’hui. Nos prochains articles traiteront également du site historique du manoir Papineau et de la réserve naturelle de Kenauk.

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Notes

[i] p. 2 Brochure originale : The Log Lodge: Lucerne-In-Quebec, Canadian Pacific Railway Company; Lucerne-in-Quebec Community Association Limited, 1930

[ii] p. 79-80, Building the Chateau Montebello, Allan et Doris Muir en collaboration avec Victor Nymark, Muir Publishing Company Limited, 1980 (1re éd.), 2014 (3e éd.).

[iii] QACP – website for the Quebec Association of Convention Professionals: www.congres.com/en-hotel/fairmont-le-chateau-montebello              

[iv] P. 81, Building the Chateau Montebello.

[v] p. 1 « The Algonkians », National Museum of Canada Guide to the Anthropological Exhibits Leaflet 1, 1938.

[vi] http://www.anishinabenation.ca/dou-vient-le-nom-algonquins/

[vii] http://kzadmin.com/Celebration150th.aspx              

[viii] http://www.anishinabenation.ca/le-toboggan-et-les-raquettes/ 

[ix] http://kenauk.com/history

[x] ibid.

[xi] p. 7, Building the Chateau Montebello.

[xii] p. 133, Louis-Hippolyte and Robert Baldwin, John Ralston Saul, 2010.

[xiii] www.canadashistoricplaces.ca     

[xiv] p. 15, Building the Chateau Montebello.

[xv] p. 2, National Register of Historic Places Inventory—Nomination Form, United States Department of the Interior Heritage Conservation and Recreation Service, http://focus.nps.gov/pdfhost/docs/NRHP/Text/82000742.pdf

[xvi] 28 juin 1930, Ottawa Journal, « A Vast Four Season Vacationland ».

[xvii] National Register of Historic Places Inventory—Nomination Form, United States Department of the Interior Heritage Conservation and Recreation Service, http://focus.nps.gov/pdfhost/docs/NRHP/Text/82000742.pdf             

[xviii] Brochure originale : The Log Lodge: Lucerne-In-Quebec, Canadian Pacific Railway Company; Lucerne-in-Quebec Community Association Limited, 1930

[xix] http://lactualite.com/societe/2014/09/12/chateau-montebello-le-refuge-des-grandes-fortunes/

[xx] http://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/canadian-pacific-railway/

[xxi] Site Web de nouvelles sur les trains : http://www.okthepk.ca/dataCprSiding/articles/201009/month00.htm [xxii] p. 15, Building the Chateau Montebello.

[xxiii] ibid.

[xxiv] pp. 346-347 National Reference Book, Volume 9, 1951.  Bibliothèque nationale du Canada.

[xxv] Fiche d’Harold Lawson, www.dictionaryofarchitectsincanada.org/node/1440, Editor Robert G. Hill, Architect, FRAIC; publié en janvier 2018.

[xxvi] p. 15, Building the Chateau Montebello.

[xxvii] Fiche d’Harold Lawson, www.dictionaryofarchitectsincanada.org/node/1440, Editor Robert G. Hill, Architect, FRAIC; publié en janvier 2018.

[xxviii] p. 42, Building the Chateau Montebello.

[xxix] p. 20, ibid.

[xxx] pp. 15 - 23 ibid.

[xxxi] 28 juin 1930, Ottawa Journal, « A Vast Four Season Vacationland ».

[xxxii] ibid.

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